Emrata s’insurgeant face à l'affaire Harvey Weinstein.

Magie d’internet ou de l’évolution des mœurs, les réseaux sociaux sont devenus le porte-étendard d’une toute nouvelle révolution. Peut-on parler d’un féminisme plus poussé, plus libéré ? La formule n’est sûrement pas la bonne. En revanche, on peut facilement parler d’une révolution. Ces amazones 2.0 portent leur message et font entendre leur voix, de toutes les façons possibles. Et si le changement ne se cachait finalement qu’à l’angle d’Instagram et Twitter.

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La tenue ne doit pas déterminer le respect -

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CRIEZ, HAUT ET FORT

Et surtout ne jamais céder à la censure. Celle des mœurs mais aussi celle des réseaux. Là où Instagram fustige le moindre téton, Twitter laisse une liberté folle, au mépris, parfois, de l’entendement. Ce sont pourtant ces plateformes qui sont utilisées comme des armes par ces guerrières d’un nouveau genre (TikTok s’ajoutant timidement à l’arsenal de combat), celles qui œuvrent, chaque jour que Dieu fait, pour la libération de la parole, pour déculpabiliser les femmes et en finir avec le slut-shaming. Parce que même si les mentalités évoluent, les combats sont encore présents. À quoi bon se sentir femme libérée si c’est pour se faire traiter de pute par le premier venu.

Elles s’appellent @Krokodeal, @jemenbatsleclito, @danslabouchedunefille, @pepitesexiste, @punchlinettes, @coucoulesgirls… et sont, chaque jour, de plus en plus nombreuses à dénoncer, montrer du doigt ou s’indigner sur la société. Un combat qui n’est pas vain, quand on voit comment le conditionnement pousse les femmes dans leurs retranchements : pression sociale et sociétale, charge mentale, culpabilisation… Est-ce que le monde a encore besoin de tout ça en 2020 ? 

Ainsi donc, ces sorcières d’un nouveau genre, issues d’un large coven, qui se cesse de grandir chaque jour, n’ont de cesse de rappeler ce qui devrait être la norme :

« Une femme qui se dénude reste une femme respectable »

« Non, tu n’as pas à empêcher ton mec de parler avec d’autres femmes, et réciproquement, ton mec n’a pas à t’empêcher de parler à d’autres hommes »

« L’homophobie est un crime »

« Oui, la masturbation féminine est quelque chose de normal »

« Les règles, ce n’est pas sale »

Bien sûr, internet ne serait pas ce qu’il est sans les haters, et évidemment, elles le subissent. Une haine trop souvent justifiée par des propos sexistes, à la limite de l’entendement (« sois une bonne femme et surtout ferme-là »). Les « justiciers des bonnes mœurs » vont même jusqu’à signaler les posts traitant du viol, parce que c’est bien connu que dès qu’il est question de viol, les femmes mentent ou exagèrent forcément (en 2018, 16% des femmes auraient été victimes de viol ou de tentatives de viol, soit à peu près 3 millions de victimes). Ceux qui s’insurgent contre la parole libérée sont surement les mêmes qui refusent l’écriture inclusive et la féminisation des mots, parce que derrière cette colère, le message est le même “fermez-là et surtout faites-vous toutes petites”. 

Malgré les années qui avancent et les évolutions, la fracture entre les hommes et les femmes n’a jamais été aussi forte. À croire qu’une révolution n’est acceptable que si elle est portée par des hommes. Heureusement, des justicières ont fait le houleux pari de changer la donne, de faire avancer les choses. C’est par de petits combats que de grandes choses seront faites, et ces amazones en ont conscience. Aussi, leur combat commence à faire des émules et des petits. Les coups de gueule féminins sont de plus en plus nombreux, et avec le temps, finiront par achever le patriarcat.

L’ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR

Selon l’auteure/féministe Fiona Schmidt, l’élément déclencheur de toute cette vague est indéniablement l’affaire Weinstein (“Si #MeToo a incontestablement libéré la parole des femmes” – L’Amour après #MeToo / Hachette). Ce phénomène est un tournant dans l’histoire du féminisme et est considérée comme la « première action majeure sur les réseaux sociaux ». Paye ta Shnek avait indéniablement instigué un mouvement, mais il restait résolument franco-français. Pour l’affaire #MeToo, c’est le monde entier qui s’est mit au diapason, fracturant au passage une certaine idée de l’hégémonie masculine. Depuis, les choses ont bougé : Harvey Weinstein a été condamné, le harcèlement de rue est maintenant pénalisé (depuis 2018) tout comme le revenge porn, la lutte contre les violences conjugale s’écrit sur tous les murs, le 8 mai est devenu un jour de lutte et de manifestation… Des évolutions qui prouvent que tout n’est pas perdu.

Et dans tous ces combats, les sorcières d’un nouveau genre, ces néo-féministes, ont un poids important, car elles ont permis d’encrer le combat dans la quotidienneté. Ce sont tous les jours des live Instagram, des talks sur Twitch, des tweets, des commentaires, des vidéos sur Youtube qui fortifient et honorent un combat que certains pensaient perdu d’avance. Ce qui ne nous prouve bien que dans l’absolu, rien n’est jamais figé dans le temps, et tout peut un jour évoluer, même les situations les plus désespérées.

  Juliette Gour

promocarrie